Tu es là, assis devant moi, à manger tes céréales préférées comme si c’était la 8e merveille du monde. Tu es souriant, coquin, heureux. Tu « jases » dans ton jargon que presque toi seul comprends… je m’amuse à appeler ça « la langue de stromgol » ou encore « du code morse vocal »…C’est de la musique à mes oreilles, mais avec quelques notes un peu tristes…

Non, tu ne parles pas, ou du moins presque pas. Maman, papa, encore, auto, mamie, papi, pipi, caca et bobo. Voilà les seuls mots que tu dis parfaitement. Pourtant, il y en a une bonne quinzaine que tu essaies de dire, que nous seuls comprenons. Ils sont suivis de chaleureux « Bravos! » de notre part; toi-même tu sembles fier de pouvoir les dire. Mais pour un étranger, tu ne parles pas…

Le langage prend une place si important dans notre société. Pour s’exprimer, pour communiquer, pour expliquer, pour informer. Quand on est parent, on a DONC HÂTE que notre enfant parle enfin. Bien sûr pour pouvoir mieux communiquer, mais aussi par sécurité, pour que celui-ci puisse nous expliquer ses malaises ou nous dire si quelqu’un n’est pas gentil avec lui. On associe le langage aussi à l’intelligence, à la capacité d’apprendre, de retenir, de lire, de compter, d’aller à l’école…

« Mais si tu ne parlais jamais? »

Peut-être vous êtes-vous posé cette question par rapport à votre enfant? Parfois, comme parent, on s’inquiète trop tôt, et on voit que tout se replace en ordre avec le temps, et parfois avec du soutien spécialisé. Tout se replace en ordre.

Mais quand le temps passe, la question revient… 

« Mais si tu ne parlais jamais? »…

Je me la pose souvent cette question, mais j’essaie de rester optimiste et simplement te laisser nous surprendre. Mais ce que j’ai réalisé dernièrement, c’est toute la richesse de notre communication entre toi et moi, qu’on a tissé ensemble JUSTEMENT parce que tu ne parles pas.

J’aimerais vous en partager un peu, parce que vous allez constater qu’on peut communiquer de tellement de façons!

D’abord les mains. Tu as une façon de nous toucher, si douce, et ça depuis que tu es né! Je me rappelle encore, âgé d’un mois seulement, tu as flatté mon épaule avec ta petite main comme aucun bébé ne peut le faire à cet âge. Tu touches notre visage, nos cheveux, tu aimes jouer avec nos coudes (et oui!) ou encore le bout de nos doigts. Tu prends notre main lorsque tu as besoin de quelque chose, et si on ne vient pas, tu nous pousses de notre chaise! Et surtout, les câlins! Tu ne m’as jamais dit « Je t’aime maman», mais la façon dont tu t’abandonnes sur mon épaule dit toute la confiance et tout l’amour qu’un fils peut avoir pour sa mère…

Je pleure en écrivant ces lignes. Inquiétude, fierté et amour s’entremêlent…

Ensuite les yeux. Et quels yeux! Il y a toute la joie du monde dans tes yeux! Si pétillants, rieurs, même charmeurs, oui, oui! On se regarde depuis si longtemps. Contrairement à certains enfants qui ne supportent pas de regarder les autres dans les yeux, toi, tu as toujours plongé avec bonheur dans notre regard. On se regarde, on se sourit, on rit, on rigole! Là aussi, on se dit « Je t’aime », d’une autre façon.

Et les sons! Tu adores la musique, même que tes chansons préférées t’aident à développer ton langage. Tu essaies d’y participer à ta façon. J’ai parlé au début de ta « langue de stromgol » et de ton « code morse vocal ». Je dois dire que j’ai dû l’apprendre, cette nouvelle langue, pour pouvoir entrer dans ton monde. Une chance que j’ai toujours eu une bonne oreille musicale, et un don pour les langues! Alors moi aussi, je l’ai apprise ta langue imaginaire. Elle est très musicale, ta langue, d’ailleurs, et j’aime bien que l’on discute en harmonie! Si quelqu’un entendait nos conversations, ouf! Il se croirait vraiment sur une autre planète!

Mais je pense que c’est là une autre clé de notre si belle complicité…je ne te demande pas uniquement de me rejoindre dans mon monde, je t’accompagne dans le tien! Et que d’heureuses découvertes j’y ai faites! Grâce à toi, j’apprends à apprivoiser les gens autrement, à être mieux à l’écoute et observer davantage. J’apprends à avoir de la patience, à emprunter des chemins différents, même à penser autrement. J’apprends que chacun a sa place, et qu’il n’y a pas qu’un modèle à suivre…

Tu es Louis-Émile, tu es un garçon, tu es autiste, tu es fort, tu es habile, tu es affectueux, tu es doux, tu es intelligent, tu es farceur, tu es drôle, tu es téméraire…

Mais si tu ne parlais jamais?..

Alors on verra rendu là!

Tu es mon fils, et je t’aime. Et ça, je sais que tu le comprends!

Et je sais que tu m’aimes aussi.
Maman xxx
(et oui, je pleure…)

Émilie Bélanger

Collaborateur

Passionnée de musique, pédagogue diplômée et expérimentée, maman dévouée et épouse comblée, jÉmilie est également amoureuse de flamenco et folle de chocolat! Elle est maman de 2 beaux trésors, très différents l‘un de l’autre : Jeanne 5 ans et Louis-Émile, 3 ans qui est aussi autiste.

"Nous sommes tous semblables et différents à la fois. Nous avons tous à apprendre et à enseigner aux autres, chacun est important et sa place!" Elle a créé son école de musique Le Jardin Musical en ayant la diversité en tête.